Les Hommesomnies de Lionel Ormières

Ce très court métrage est adapté d'une nouvelle de Pascal Bizern publiée dans le recueil "Hier soir j'ai lu un O.L.N.I.", que voici ci-dessous:LES HOMMESOMNIES (La nuit d’après) 6 Mars Quand on ne dort pas, la nuit se meut en clarté froide et agitée, illuminant le peuple des souvenirs. Ceux-ci ont faim et s’invitent comme des cadavres dans vos placards secrets. Leur précision vous emporte et vous isole, plus vivants que les vivants, avant de disparaître - jusqu’à la nuit d’après. Après des journées entières dans un ennui griffé de gris, je m’alarme des morsures de la nuit froide comme de l’eau salée. Dans l’obscurité ensuite, mes dépits me rejoignent comme une armée d’hommesomnies. Ces soldats de plomb, aussi fermes qu’inaudibles, se lancent par bribes décousues à l’assaut de mes yeux mi-clos comme des singes fous. Draps froissés repoussés sur le côté, amours chiennes et alcool, vêtements sur le sol, odeurs pendues au silence en apnée, tout y passe : ils s’infiltrent partout et détériorent ma chambre à n’en plus dormir. Si les souvenirs construisent, ils vous ruinent ensuite, et on ne peut détruire une ruine. Les hommesomnies attachent mon sommeil aux pieds des murs défaits, puis ils envoient de leur fronde lâche leurs projectiles troubles sur mes parois de regrets - ou de remords, c’est selon. Mon sommeil se rêve, éclatant, lourd, libre et solitaire, mais il ne s’arrête plus chez moi, ça me rend sinistre et résolu. Je n’ai plus le choix : face à ces bataillons d’indomptables, je mobilise mon armada de poupées barbituriques. Dans cet antre de l’insouciance où je mourais quelques heures, la guerre fait rage dans l’allégresse des comas. Il me prend parfois l’envie de plonger du haut d’un pont, et de voir mon crâne endormi flotter comme un nymphéa sur l’eau."

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Michel Sidobre Narbonne Cinéma indépendant

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